Quelle plateforme financière convient à quel investisseur
Le choix de portails d'informations pour les investisseurs est extrêmement riche. Ce qui représente un véritable maquis, en particulier entre plateformes d'informations et commerciales.
12 |INDICES || Juin 2022 |Dossier spécial
De nouveaux acteurs s’étaient lancés comme pures plateformes de courtage, elles se voient maintenant obligées de fournir des informations notamment sur les risques.
Les personnes à la recherche d'informations sur les pro- duits financiers ou les thèmes d'investissement trouveront rapidement de nombreuses offres. Des plateformes qui se
contentent de fournir juste les cotations en bourse, jusqu’aux portails financiers leur proposant des informations de fond, des idées de placement et des produits – voire l’exécution de la transaction – le choix est vaste et varié. On peut y suivre l’évolution de portefeuilles types et y constituer ses propres portefeuilles, en bénéficiant d’analyses détaillées des performances, ainsi que de comparatifs avec d’autres portefeuilles et les indices de référence sélectionnés. Mais la numé- risation a engendré un véritable maquis de plateformes financières; un phéno- mène exacerbé encore davantage par de nouvelles technologies telles que l’intelli- gence artificielle et les applis conviviales.
Or, il n’existe guère de séparation nette entre une plateforme d’information et une plateforme commerciale. Alors que de nouveaux acteurs numériques du marché s’étaient lancés comme pures plateformes de courtage, celles-ci se voient maintenant obligées de fournir aux investisseurs des informations spécifiques sur les produits et les risques qui s’y rattachent. Quant à eux, les médias financiers traditionnels proposent depuis un certain temps des portails financiers avec leurs propres pro- duits et portefeuilles - en gommant ainsi la ligne de séparation entre la simple mise à disposition d’informations et la commer- cialisation de leurs produits.
Univers de placement et éventuels conflits d’intérêts
Cela a conduit à une démocratisation de la souveraineté de l’information, jusque-là apanage du monde financier traditionnel. La puissance de marché des banques et des fournisseurs de produits bascule ainsi progressivement du côté des utilisateurs individuels. Il se crée continuellement de nouveaux écosystèmes numériques ou- verts pouvant accueillir toutes sortes de services financiers. Cette évolution est ex- trêmement positive, mais elle risque aussi de favoriser les conflits d’intérêts et une certaine opacité, des dangers qui ne sont pas toujours immédiatement perceptibles pour la clientèle de ces plateformes.
Quand il s’agit des portails financiers de grandes banques, souvent excellents et très complets, l’origine de l’information est évi- dente. Les informations sur les produits et les cours des valeurs sont complétées par les évaluations des analystes, économistes et stratèges de placement internes. Ces plateformesprésententtoutefoisl’inconvé- nient de réserver leur pleine fonctionnalité aux seuls clients de la banque. Par rapport aux plateformes bancaires, les plateformes «médiatiques» ont l’avantage de présenter, en plus, une grande variété d’avis d’experts externes et d’être ouvertes à la majorité du public. En règle générale, elles sont plus indépendantes que les portails bancaires, c'est-à-dire que les avis, les recomman- dations et les produits proviennent de sources très variées. En revanche, il n’est
Les conflits d’intérêts peuvent aussi toucher les plateformes indépendantes.
pas toujours facile d’y reconnaître pour- quoi certains de ces produits financiers sont proposés, bien que ce soit désormais l’usage d’indiquer quand on a affaire à des outils ou à des thèmes sponsorisés.
Les conflits d’intérêts peuvent aussi tou- cher les plateformes indépendantes: Où et à quelles conditions financières se four- nissent-elles pour alimenter leurs univers de placement et d’où tiennent-elles les infor- mations sur les divers produits? Quelle en est l’étendue? Pour quelle raison ont-elles choisi ce fournisseur particulier d’univers de pla- cement? L’indépendance des recommanda- tions de produits est-elle réellement garantie? Par conséquent, les personnes à la recherche d’une plateforme d’information adéquate de- vraient d’abord déterminer de quelles infor- mations elles ont fondamentalement besoin et à quelles aides elles comptent recourir en vue de leurs décisions de placement.
Quel degré de conseil en investissements me faut-il?
Le segment des plateformes financières et d’information établies depuis longtemps, parmi lesquelles on compte «finanzen. net», «yahoo! finance» ou «Bloomberg», propose une large couverture en termesd’investissements et d’informations. Ce- pendant, ces dernières sont souvent peu structurées et ne conviennent que modé- rément pour la recherche et le choix de placements possibles. En revanche, elles peuvent rendre de précieux services quand on veut se renseigner sur un place- ment spécifique. En outre, les plateformes de courtage classiques telles que Swiss- quote ne mettent pas non plus l’accent sur la sélection des investissements potentiels. En effet, elles s’adressent aux investis- seurs qui ont déjà arrêté leur choix quant à l’objet de la transaction. Elles ne proposent pas de «conseil bancaire», mais pratiquent la formule «execution only».
Les plateformes qui offrent une assistan- ce dans la sélection spécifique d’instru- ments de placement se présentent en deux groupes: les plateformes bancaires qui proposent un certain degré de conseil nu- mérique en investissements, ce qui pour les banques signifie toutefois aussi des exigences réglementaires à respecter, et quelques plateformes intéressantes qui sou- tiennent l’option «Exchange Traded Funds» (ETF). Citons par exemple ETF selectors, etfbook et justETF. Celles-ci ne couvrent ce- pendant qu’une petite portion de l’univers d’investissement global et s’appuient exclu- sivement sur les données financières.
Faire participer la communauté
Parmi les plateformes financières, un seg- ment relativement nouveau (p.ex. wikifolio, Seeking Alpha ou eToro) a opté pour une ap- proche globale et propose aux utilisateurs des informations et un soutien qui vont au-delà de la mise à la disposition d’indices financiers classiques ou de la recherche ha- bituelle: ces sites intègrent la communauté et les réseaux sociaux à l’évaluation des instruments de placement et permettent ainsi un échange transparent d’opinions. Les membres des communautés concernées participent donc au «conseil en placement» et peuvent former leur propre communau- té de followers. Cela permet de prendre en compte une multitude de perspectives, chose difficilement réalisable dans les ca- naux d’investissement conventionnels.
Pour qu’une «plateforme financière so- ciale» puisse honorer une telle promesse, il ne suffit pas qu’elle dispose d’un im- mense univers d’investissement claire- ment structuré. Elle doit aussi fournir des outils permettant de sélectionner les pla- cements susceptibles de répondre précisé- ment aux besoins, à la situation de vie et à la tolérance au risque des investisseurs.